E comme entretien

Mes contacts m’ont vivement conseillée de postuler à cette radio nationale en pleine croissance.

La personne qui me reçoit est la directrice de la rédaction. Pas d’erreur donc, j’ai bien postulé au secteur d’activité qui correspond à mon parcours professionnel.

Elle est journaliste comme moi. Mais son parcours est parfait, comprenez : linéaire, cohérent (la radio, toujours la radio) et quasi sans interruption malgré ses grossesses, bravo Madame !

Auprès de cette rédaction, j’avais postulé en envoyant mon cv accompagné d’une lettre de motivation : des us et coutumes qui résistent encore, difficilement certes.

« Bonjour Anna,Merci de vous être déplacée. Je ne sais pas quoi vous dire (décris moi le poste à pourvoir cela pourrait être un bon début)On ne recrute pas en ce moment, et quand bien même, je ne saurai pas dans quel service vous placer car vous ne correspondez pas vraiment aux profils que nous recrutons. Je suis désolée ».

Moi aussi. Mais en  plus d’être désolée, je suis sonnée comme après un uppercut.

On m’a donc donné un rendez-vous pour me dire avec plus ou moins de délicatesse que mon parcours et mon profil étaient incompatibles avec cette radio.

On m’a donc donné rendez-vous pour me préciser qu’il était difficile de répondre favorablement à ma candidature aux vues de mon parcours si atypique. Atypique…

C’est vrai qu’avec mon CAP de pâtisserie, mes deux ans au service communication d’une banque et mes 6 derniers mois passés dans une onglerie c’est un peu compliqué, voire même saugrenu de vouloir postuler à un poste de journaliste.

Soyons sérieux : à quoi rime ce genre d’entretiens ?

Avec déception, colère, amertume mais surtout incompréhension je comprends que :

  1. Un entretien ne signifie pas l’existence d’un poste à pourvoir,
  2. Un entretien ne signifie même pas que vous avez le profil adéquat en cas d’éventuelles perspectives de recrutement pour un éventuel poste à pourvoir,
  3. Un entretien dit d’embauche n’est en fait qu’un entretien, simplement un entretien au sens littéral du terme : action de converser avec quelqu’un.

Tout ça c’était donc avant …

Avant Facebook, avant Viadeo, avant Linkedin,Avant les Réseaux, ces cartes de visite et CV 2.O où chacun y résume sa carrière en la sublimant, plus ou moins…ou chacun y écrit son story telling.

 

Ces fameux réseaux qui ont bouleversé notre recherche d’emploi, en nous demandant d’Etre toujours passionné même par un stage non rémunéré, d’Etre toujours en veille, toujours sur le qui-vive, d’Etre, et de paraitre.

Etre, toujours et toujours, sans la garantie d’Avoir.

Retour à mon entretien, ou plutôt à mon vrai-faux entretien d’embauche qui se conclut avec néanmoins une mince lueur d’espoir.

Je vous conseille d’envoyer votre CV à X qui s’occupe du recrutement chez Y”

Sans perdre de temps, je contacte X qui me demande aussitôt mon CV. La piste semble donc sérieuse et j’oublie déjà les déconvenues de la matinée.

X me répond très vite : « Merci mais Y n’a pas de perspective de recrutement à court ni moyen terme …”

La même situation ubuesque deux fois dans la même journée.

Les montagnes russes, deux fois dans la même journée.

Certains tenteront de me consoler en étant pragmatique. « Désormais, ils ont ton CV, ils te connaissent, le moment venu, ils penseront à toi ».

Sans doute. Moi j’aimerais ne plus penser à eux.

R comme Reseau

A ne pas confondre avec le P de piston, gros mot appartenant à une autre époque. Non rien à voir !

Aujourd’hui on parle de réseau : une nébuleuse de vrais-faux amis, de connaissances plus ou moins lointaines dont l’influence supposée pourrait t’aider dans le monde du travail.
Hier, il te suffisait d’avoir un bon CV.
Aujourd’hui, oublie le car sans réseau il ne restera qu’un vulgaire bout de papier !

Pour travailler aujourd’hui et être sûre de ne jamais se retrouver à Pôle Emploi, pas le choix : il faut net-wor-ker : partout, tout le temps, et surtout avec tout le monde.
Reseauter, encore et toujours, et ne jamais baisser la garde.
Ludique ou plus consensuel, le networking doit devenir une deuxième nature, un deuxième job, LE job même de toute ta carrière.

Rester toujours en veille : le réseau ça s’étoffe, se renouvelle, s’enrichit. C’est ce qu’on appelle la dynamique du réseau !

Première leçon : il n’y a pas un réseau mais des réseaux.
Le premier, celui qu’on appelle le réseau primaire, se compose de personnes qui vous connaissent : amis, famille, voire même des parents d’élèves, enfin plutôt les mères d’élèves, celles qu’on rencontre tous les soirs à la sortie de l’école (période de la journée qui correspond au début d’après-midi pour ceux qui travaillent), ce moment critique de la journée qui augure une longue série de corvées, ce moment qui te rappelle justement qu’être active au sein de ton foyer ne fait pas pour autant de toi une femme active, celle qui a un vrai travail validé par une fiche de paye. Mais revenons à notre Réseau, seul allié qui t’aidera à redevenir une femme active avec plein de collègues pour déjeuner le midi.

Ces collègues, justement, qui deviennent de facto les membres de ton deuxième réseau, mais pas seulement : les ex collègues, les collègues de tes amis, bref tous les contacts de ton réseau primaire composent ton réseau secondaire. Géant, non ? Tous ces gens que tu ne connais pas au sens littéral du terme et qui deviennent, sans même le savoir, des alliés potentiels dans ta recherche d’emploi. Oui sans même le savoir car ces contacts ignorent parfois faire partie de ton réseau, ils n’ont pas le choix. C’est ainsi … Le réseau s’impose à toi, il est plus fort que toi.

Enfin troisième niveau : les réseaux parfaitement visibles et sollicités : les fameux réseaux sociaux et leurs dérives narcissiques. Facebook, Twitter, Viadeo et Linkedin pour les plus connus. 
Difficile de ne pas y être sous peine d’être suspecté d’être :
– sociopath’, voire anar
– contre les outils modernes et donc contre le progrès,
– « has been », bloqué à l’ère du Minitel.

J’ai testé les méthodes du Networking. 
Contacter, solliciter un rdv, remercier, souhaiter mes vœux au nouvel an, liker, tweeter, retweeter, reliker … et j’en tire un bilan mitigé, très mitigé. 
C’est vrai: un réseau ça s’élargit, s’étoffe et s’enrichit. Et puis ? 
On accumule des noms, on croit dérouler la pelote de laine qui nous amènera encore vers un nouveau contact lequel nous aidera à retrouver ce nouveau poste tant attendu.

Le Networking m’a même fait rêvé. Surtout ce jour où j’ai décroché un rendez-vous avec un grand Mr du PAF qui a accepté de me recevoir. Moi Anna, simple ex-chroniqueuse. Une demie-heure d’entretien durant laquelle il a beaucoup parlé de lui, et a fini par me dire «  Je ne sais pas quoi faire pour vous aider mais surtout ne vous découragez pas ! »
Lui, le bottin vivant du PAF ! Lui, le Père Fouras de la télé. Lui qui y travaille depuis plus de 40 ans prétend donc, tel un pauvre stagiaire, ne pas pouvoir m’aider ?! Même pas une petite piste, un petit nom. Nada ! 
Pourquoi m’avoir donc reçue (Cf E comme entretien)? 
Peut-être cherchait-il lui aussi à networker ? Mais serait-ce donc sans fin ?

Finalement, il m’arrive parfois de regretter le bon vieux concept du piston, certes plus péjoratif mais tellement plus efficace !